30 septembre 2009
Une goutte dans l’océan
Cette jeune femme est vraiment mignonne. Un joli visage, un sourire, une silhouette qui détourne l’attention. Je l’ai déjà aperçue plusieurs fois alors qu’elle sortait de sa société, fermée depuis deux mois.
Mais c’est la première fois que je la croise au supermarché. Elle est toujours aussi belle malgré l’absence de maquillage et les cheveux libérés. Elle est accompagnée de ses parents.
Je vois qu’elle a les yeux humides.
Elle tend le bras pour saisir une barquette de jambon. Au moment où elle se retourne pour la déposer dans le Caddie, d’un geste tendre, son père lui prend la main, récupère l’article et le repose pour ensuite en prendre un autre. Ce faisant, je l’entends lui dire « ce n’est pas parce qu’en ce moment nous payons tes courses que tu dois obligatoirement te contenter de prendre les premiers prix ».
Elle se retourne, sa main s’agrippe au chariot. Une larme glisse sur sa joue.
Pour les journaux, la crise c’est des pneus qui brûlent, des manifestations, des PDG en otage, des pancartes, des saccages.
Pour moi, la crise c’est cette larme.
17 septembre 2009
Un corps de rêve
Tu n’as jamais aimé ton corps.
Fin, élégant, limite androgyne, tu l’aurais préféré solide, trapu et massif. Il faut dire que les héros de ton adolescence, musclés à l’extrême, sur un ring ou un champ de bataille, paraissaient invincibles.
Invincibles.
Pour sculpter ce corps, il aurait fallu pratiquer plus de sport. Pas motivé. Et plongé dans tes études, il ne te restait que très peu de temps pour les activités annexes.
Les filles n’aiment que les gars beaux et musclés. C’est bien connu. Malgré tes qualités, tu te dévalorisais. Tu n’attirais pas, tu étais transparent. Tu te disais que quelques kilos de muscles seraient la clé de ton bonheur.
C’est sans doute pour compenser ton coté effacé que tu as acquis cette moto. Un faire-valoir. Les muscles que tu ne pouvais te bâtir, tu les as acheté. Les filles aiment les gars en moto. C’est bien connu. Il faut dire qu’allongé sur ta machine, défiant les limites, tu étais invincible.
Tu te croyais invincible.
Cette moto, tu ne l’as plus. Tu l’as laissée filer dans un virage. Tes jambes aussi.
Des années de rééducation et la pratique du fauteuil t’ont forgé un nouveau corps, un buste d’athlète, des bras forts. Les filles n’aiment que les gars beaux et musclés. C’est bien connu et tu avais sans doute raison.
Ce n’est pas le corps dont tu avais rêvé et pourtant, aujourd’hui que tu es devenu papa, tu es mille fois plus heureux qu’avant.
J’étais là et je serai encore là le jour où il faudra dire à ta fille qu’on ne construit pas une vie de rêve à partir d’un corps de rêve. Et si les drames permettent parfois de commencer une nouvelle vie, ils sont le plus souvent un point final. Tu as eu beaucoup de chance, n’oublie pas de le dire aussi à ta fille.
